PROCES KHALIFA SALL ET Cie: Mbaye Touré parle de fonds politiques et mouille les inspecteurs du Trésor

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L’interrogatoire d’audience a démarré, hier, dans l’affaire de la caisse d’avance de la mairie de Dakar. Durant toute la journée, Mbaye Touré a été le plus sollicité, aussi bien par le juge, le Procureur que l’agent judiciaire et les avocats de l’Etat du Sénégal. Et pour sa défense, le directeur administratif et financier de la ville de Dakar a juré sur tous les saints qu’il a été toujours convaincu qu’il s’agissait de fonds politiques, dont le décaissement répond toujours au même mécanisme avec les factures présentées, même si, après, il n’y a pas eu de livraison. Selon lui, les inspecteurs du Trésor connaissaient bien ce mécanisme et depuis 10 ans, Mamadou Oumar Bocoum a accepté cette pratique. Mbaye Touré a été conforté par Yaya Bodian, Ibrahima Diaw et Amadou Moctar Diop.

Le procès véritable a été entamé, hier, avec les auditions des différents prévenus, à l’exception de Khalifa Sall, qui a juste fait une déclaration et des deux percepteurs municipaux, en l’occurrence Mamadou Oumar Bocoum et Ibrahima Touré. Mais, de toute la journée d’hier et de tous les prévenus qui ont été soumis aux questions du juge, du Procureur, de l’agent judiciaire et des avocats de l’Etat du Sénégal, Mbaye Touré a été le plus interpellé. Le directeur administratif et financier de la ville de Dakar a fait des va-et-vient multiples entre sa place où il était assis et la barre, puisqu’il était à chaque fois interpellé.

Mbaye Touré : «mon comportement était guidé par le fait que j’ai été convaincu qu’il s’agissait de fonds politiques»

Mais, le Daf de la mairie de Dakar a été constant dans ses déclarations, soutenant toujours qu’il est convaincu qu’il s’agissait de fonds politiques et que la caisse d’avance créée en 1997 était aussi un support du fonds politiques ; et c’est cela qui a guidé son comportement. Selon Mbaye Touré, la présentation de factures aux percepteurs qui aboutit au décaissement de l’argent est une pratique qui a toujours existé, connue des autorités de la mairie, mais également de tous les percepteurs qui sont passés là-bas et des autorités étatiques. «Ce mécanisme était accepté par tous les acteurs. Les percepteurs acceptaient de décaisser l’argent en toute connaissance de cause. Ibrahima Touré, au début, avait refusé d’honorer, mais, après avoir eu avis de ses supérieurs, il a accepté», a soutenu le Daf de la mairie, qui répondait aux questions du juge.
Mbaye Touré de mouiller aussi Mamadou Oumar Bocoum, qui avait précédé Ibrahima Touré comme receveur. «De 2005 à 2015, pendant que Mamadou Oumar Bocoum était le percepteur, cela a fonctionné ainsi. Il y avait deux factures : une pour le mil et une pour le riz, émises par le même GIE, et il a toujours décaissé l’argent. C’est vous dire que tous nous avions la même conviction qu’il s’agissait de fonds politiques, parce que même l’arrêté du 31 janvier 2003 qui abroge les autres arrêtés précédents, tel qu’il est libellé, n’est pas conforme aux règles de la comptabilité publique. Donc, il n’y avait rien qui correspondait au fonctionnement d’une caisse d’avance», indique Mbaye Touré. Ce dernier, qui dit avoir rejoint la mairie comme cadre en 1992, enfonce même les percepteurs municipaux, en invoquant l’article 30 portant règlement de la comptabilité publique. En effet, selon lui, ledit article dit que «le régisseur est placé sous l’autorité du comptable publique et ce dernier doit faire un contrôle sur pièces et sur place des opérations du régisseur» ; s’il ne le fait pas, ajoute-t-il, «tout manquement est sous sa responsabilité». «Les comptables connaissent mieux que moi le mécanisme de fonctionnement de cette caisse», souligne-t-il. Il y a d’un côté les textes, selon lui, avec des obligations formelles et il y a la réalité.

«Ibrahima Touré avait refusé d’honorer la caisse, mais après avis de ses supérieurs…»

Et selon lui, depuis 1983, ce sont les mêmes pratiques qui ont été adoptées. Ainsi, Mamadou Diop, alors maire de Dakar, recevait 50 millions de francs et cela impliquait le maire, le receveur et le ministre délégué auprès du ministre de l’Intérieur. A l’en croire, à cette période, il n’y avait même pas de justificatifs. Mbaye Touré a également précisé que les textes précisent bien que l’argent peut être dépensé pour des denrées alimentaires et toute aide ou assistance pour la population.
Mbaye Touré a déclaré, par ailleurs, que c’est lui qui recevait l’argent auprès du percepteur, mais il le remettait au maire. Et à l’en croire, dans le cadre du fonctionnement normal d’une caisse d’avance, l’argent n’est pas remis au maire, mais c’est le Daf qui le garde. A la question de savoir pourquoi il a éprouvé la nécessité de donner des justificatifs, il dira : «la justification, c’est pour le maire, c’est une justification politique et nous avions besoin de ces factures pour permettre le décaissement. C’était juste une formalité». Pour les procès-verbaux de réception qu’il a signés, il explique : «l’objectif, en signant ces procès-verbaux, ce n’était pas pour recevoir du riz ou du mil, mais pour se conformer à la réglementation comptable pour pouvoir disposer de fonds». Et il précise : «il faut voir l’intention qui est derrière ; dans notre entendement, il s’agit de fonds politiques et ce n’était pas une volonté de commettre du faux».

«Il n’y avait pas une volonté de commettre du faux, dans notre entendement il s’agissait de fonds politiques»

Interpellé sur les conclusions des inspecteurs généraux d’Etat, le directeur administratif et financier de la ville de Dakar a soutenu que ces derniers avaient suggéré aux percepteurs de ne plus honorer les caisses d’avance, mais il a appris, du fond de sa cellule, à la chambre 43 à Rebeuss, que les crédits ont été reconduits. Il ignore, cependant, comment. Par rapport aux conclusions de l’ancien percepteur, du temps du maire Mamadou Diop, en l’occurrence Samba Diallo, Mbaye Touré a également soutenu que ce dernier avait fustigé le fonctionnement de cette caisse qui «ne respectait pas les dispositions de la comptabilité publique». Mais, n’empêche, Mamadou Diop a continué à recevoir de l’argent avec le même procédé et cela, sans que les autorités étatiques ou les inspecteurs généraux d’Etat ne disent un mot.

Yaya Bodian, Ibrahima Yatma Diaw et Amadou Moctar Diop confortent Mbaye Touré

Comptable à la mairie de Dakar, Yaya Bodian a conforté le directeur administratif et financier. «J’ai pris l’initiative d’établir les factures par le GIE Tabbar. Fatou Traoré m’a donné le cachet et l’en-tête. J’en avais besoin pour le mécanisme de décaissement». Et Yaya Bodian d’aller plus loin : «c’est un mécanisme proposé et mis en place par l’ancien percepteur Abdoulaye Diop, qui nous a demandé de lui présenter au moins des factures pour régler le problème comptable». Yaya Bodian de renchérir : «avant 2009, on utilisait d’autres factures d’autres sociétés». Il refuse, cependant, de révéler les noms de ces sociétés.
A son tour, Amadou Moctar Diop a précisé que les dépenses étaient payées en numéraires et non par chèques, ce qui conforte, selon lui, l’idée qu’il s’agit de «fonds spéciaux». Membre de la commission de réception, Ibrahima Yatma Diaw a expliqué que s’il a apposé sa signature, c’est qu’il considère qu’il s’agit de fonds politiques. Il précise qu’il a signé après le maire. Sa signature, à l’en croire, est un acte administratif pour l’ordonnateur. Par ailleurs, Yatma Diaw a reconnu avoir signé les procès-verbaux. Cependant, selon lui, les procès-verbaux prouvent que le montant d’un milliard 830 millions dont on parle est inexact.

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